François Bayrou : « Il n’y aura plus de Parlement aux ordres du gouvernement ! »

François Bayrou confie ses premières mesures s’il était élu au directeur de la rédaction de 20 Minutes, Frédéric Fillioux.


 Si vous étiez élu le 6 mai, quelles seraient vos premières actions ?

Une fois élu, la première décision qui s’impose, c’est la constitution d’un gouvernement qui montrera qu’on peut concrètement faire travailler ensemble des gens de gauche et des gens de droite. Afin qu’enfin, la social-démocratie apparaisse en France.

Vous avez évoqué la constitution d’un gouvernement composé des meilleurs des deux camps ?

Je n’ai jamais employé ce terme. J’ai dit que le critère serait la compétence et l’expérience au lieu des dosages d’étiquettes. Il s’agit d’associer des hommes, des femmes de gauche, de droite et du centre autour du même projet. C’est un changement profond du paysage politique et de la manière de penser la responsabilité politique. Les rapports entre le gouvernement et le Parlement vont changer, il n’y aura plus de Parlement aux ordres du gouvernement.

Avez-vous identifié les cinq personnes clés de votre gouvernement ?

Je les ai en tête. Si vous saviez le nombre de messages que je reçois de gens disant : « Naturellement si tu arrives à remporter la présidentielle, j’en serais. » Seulement, ils ne peuvent se prononcer publiquement car tout est verrouillé par les appareils. Ils s’exprimeront entre les deux tours, ce sera le moment de vérité.

C’est à ce moment-là que vous allez annoncer le nom de votre Premier ministre ?

Non, il faut respecter l’élection présidentielle. On élit le président de la République, on n’élit pas le gouvernement ou des ministres. Ce que j’ai entrepris de faire, cela n’a pas été fait depuis cinquante ans. Il ne faut pas seulement changer le locataire de l’Elysée, il faut changer le logiciel, c’est long. Je ne minimise en rien la difficulté.D’une certaine manière, les Français ont changé plus vite à cet égard que les gouvernants. Plusieurs sondages montrent qu’aux deux tiers, les Français veulent un gouvernement d’union nationale et qu’aux deux tiers, ils ne font plus confiance à la gauche et à la droite. Il reste donc 35 % à la gauche et à la droite, vous divisez par deux, vous enlevez les extrêmes, qu’est-ce qu’il reste ?

Une fois un gouvernement constitué, quelles seraient les premières mesures que vous prendriez?

Premièrement, il y a un gros coup de booster à donner sur l’emploi, car il n’y a pas de politique sociale ni de politique pour les jeunes sans emploi. Chaque entreprise doit, quelle que soit sa taille, pouvoir embaucher deux personnes sans avoir à payer d’autre charge pendant cinq ans que 10 % pour les retraites. Cela peut créer des centaines de milliers d’emplois la première année. Il y a ensuite besoin de lancer une grande politique de lutte contre l’exclusion. Nous devons donner à chaque personne touchant le RMI la possibilité d’avoir une activité encadrée par une association ou une collectivité locale, ce qui lui permettra d’améliorer ses fins de mois et de retrouver une meilleure place dans la collectivité. Il y a tellement besoin de bonnes volontés pour encadrer des associations sportives, pour s’occuper des enfants dans les écoles…

Votre proposition est-elle comparable a celle de Nicolas Sarkozy, qui clame «pas de revenu minimum sans contrepartie» ?

Il ne faut pas la présenter comme une punition. C’est une idée que je formule depuis 2002 et que nous avons proposée au gouvernement en vain. Autre mesure nécessaire dès le début du quinquennat : je veux discuter avec l’Education nationale sur les objectifs de résultats qu’elle peut se fixer pour arriver à l’illettrisme zéro en cinq ans. Dans la mondialisation, un pays comme le nôtre n’a qu’un seul atout : avoir les jeunes les mieux formés de la planète. Nous avons un des meilleurs systèmes d’éducation du monde, seulement il laisse au bord de la route 20 % des élèves.

Ce système produit aussi des chercheurs qui ne trouvent pas d’emploi…

Selon l’OCDE, le coût moyen d’un étudiant en Europe est de 9 000 euros par an, nous sommes dans la moyenne. Mais il y a des disparités : un élève des grandes écoles coûte deux fois plus cher qu’un étudiant de la fac de Villetaneuse. Au classement des universités mondiales, nous n’avons plus d’établissements au meilleur niveau, cela ne peut plus durer. Je mettrai cette question sur la table. Cependant, dans l’éducation, les plans ne s’imposent pas. Pour chacune des mesures d’urgence que je viens d’évoquer, les conséquences pour l’environnement et le climat seront prises en compte.

Quelle serait votre méthode de réforme ? Une vaste série de Grenelle participatifs ?L’exact contraire de celles qu’ont essayé de suivre les gouvernements précédents, qui ont échoué au bout du chemin. Les trois premiers mois ne doivent pas servir à imposer aux Français des réformes dont ils ne veulent pas. Les cent premiers jours doivent constituer le cadre du changement dans lequel la société sera engagée. Il faut faire cela ensemble en prenant le temps nécessaire. Alors, les Français ne seront pas en position de réticence. Ils doivent savoir qu’ils auront leur mot à dire, qu’ils sont pris comme des citoyens et non des sujets. Croyez-vous que les universitaires soient heureux de la façon dont fonctionnent les universités en ce moment ? Il doit y avoir dans ces discussions de la coresponsabilité, en engageant un dialogue avec les partenaires sociaux.

Vous niez la notion de programme, où l’on choisit un président en fonction de ses intentions. Vous dites que vous allez discuter avec les Français des réformes…

Je dis quelles sont les orientations de mon programme. Je dis : « Voilà ce que je ferai pour les heures supplémentaires, je porterai leur majoration à 35 % sans que celle-ci représente une charge supplémentaire sur le coût du travail, car je la déduis des charges sociales ».C’est pour cela que j’ajoute dans mon programme une incitation forte à l’intéressement des salariés aux résultats des entreprises. Cela sera probablement sous la forme d’un avantage fiscal pour les entreprises.

Beaucoup de gens n’ont pas accès à des logements ou des emplois dignes à cause de leur nom ou du lieu où ils habitent. Que comptez-vous faire ?

Il faut conduire une politique sérieuse pour les banlieues. Je veux garantir dans chaque quartier sensible un retour de l’Etat. Un coordinateur des actions de l’Etat sera présent par quartier, pour les questions de sécurité mais aussi pour les services publics. Ce sera une sorte de sous-préfet avec obligation de résidence sur place. Dans ces quartiers, l’Etat a disparu, il n’y a plus que les associations. L’Etat, ce n’est pas le service des puissants, mais la protection des plus faibles. Il ne doit pas être concentré dans les 6e et 7e arrondissements. Concernant la lutte contre les discriminations, l’Elysée doit montrer l’exemple, des contrats doivent être signés entre l’Etat et les entreprises, notamment pour recourir aux CV anonymes. J’ai rencontré des associations qui disent aux entreprises : proposez-nous vingt emplois, nous vous garantissons la formation, le niveau d’expérience et nous reprenons l’employé s’il ne convient pas. En échange, il sera issu des minorités. Depuis cinq ans, je tourne dans ces quartiers. Il y a là-bas une volonté énorme de créer des entreprises. Il faut l’aider.

Vous placez l’écologie à un rang élevé de vos préoccupations. Quelle est votre politique concernant l’énergie nucléaire ?

Je ne crois pas qu’on puisse réaliser les objectifs du protocole de Kyoto en faisant semblant de renoncer au nucléaire. La France n’y renoncera pas. Je me pose des questions à propos de l’EPR, sur lequel il n’y a pas eu de débat. Je ne suis pas absolument convaincu qu’on avait besoin de 3,5 milliards d’euros pour une unité d’énergie nucléaire en plus. Par ailleurs, beaucoup de gens, dont Nicolas Sarkozy, veulent privatiser Areva. Je suis contre, car la maîtrise de la technologie nucléaire doit rester du domaine de l’Etat.

Vous avez mis la dette au centre du débat. Pour la limiter, il faut réduire drastiquement les dépenses…C’est tout simplement indispensable, il n’y a aucun autre moyen. L’Etat doit être plus économe, les dépenses de l’Elysée baisseront de 20 %, car il faut montrer l’exemple. Les ministères, les cabinets, les directions centrales vont suivre. Je diminuerai les effectifs dans la fonction publique partout où je considère que ce n’est pas une action de terrain prioritaire. Pour l’Education nationale, je sais qu’on ne diminuera pas les effectifs, mais on les affectera mieux, on fixera ensemble des objectifs transparents pour chacun. Pour éviter les doublons, je vais fusionner les collectivités locales du département et de la région. Les élus travailleront avec une seule administration, ce seront les mêmes qui décideront de l’action sociale, de l’action économique. Sans que les départements disparaissent en tant qu’entités. C’est ainsi qu’ont procédé tous les pays qui ont réussi les réformes de l’Etat.La férocité n’est pas gage de réussite. Il faut travailler ensemble, pour que la France n’ait pas l’impression qu’on prend la moitié du pays pour taper sur l’autre.Regroupons-les dans la même maison pour qu’elles soient mieux gérées. Mais ce n’est pas la proposition de Sarkozy, c’est celle du gouvernement Villepin, de Borloo, tout le monde y a pensé. Il y a de très larges zones de consensus dans la société française.

Si vous êtes présent au second tour, comment allez-vous adapter votre discours selon que vous affrontez Sarkozy ou Royal ?Je ne l’adapterai en aucune manière, ne comptez pas sur moi pour cela. Avec Nicolas Sarkozy, j’ai depuis longtemps une confrontation de projets, avec Ségolène Royal, j’aperçois moins son projet. Je ne changerai pas de vision, je suis là pour proposer aux Français de dépasser les vieux clivages, eux sont là pour les prolonger. Nous sommes dans une société en crise exceptionnelle, comme on n’en a pas eu depuis peut-être cinquante ans. Cela exige une réponse exceptionnelle, et cette réponse est de l’ordre de l’union nationale. En tout cas, autour d’objectifs de redressement du pays, concernant la dette, l’emploi, l’éducation, l’exclusion, l’Europe et l’environnement.

Tous les candidats parlent de redressement…

Oui, ils ont les mêmes objectifs, mais ils ne veulent pas travailler ensemble. Personne ne propose de supprimer les 35 heures pour revenir aux 39 heures, personne ne propose une régularisation automatique et générale des sans-papiers… Tout le monde est pour la régularisation par critères. Puisqu’il y a des objectifs conciliables sur un certain nombre de points, travaillons ensemble ! Jusqu’à maintenant, l’Etat s’est présenté comme le seul décideur, il décide et rien ne change. Il doit trouver face à lui une société civile organisée par laquelle remontent les informations et il doit être réactif. Il y a dans la société d’énormes marges de progrès sans dépenser un sou. Supprimons les cautions et les dépôts de garantie pour les logements et remplaçons-les par une assurance coûtant quelques euros par mois. D’un coup, vous soulagez des milliers de jeunes qui ont honte d’aller demander à leurs parents qui n’ont pas de sous. Ça ne coûtera pas un centime et ça peut créer des emplois.

Il reste un problème pour convaincre tout le monde : vous avez gouverneé à droite, et au cours de la campagne vous avez été rejoint par des candidats de droite : Corinne Lepage, Edouard Filias.

Je n’ai pas gouverné à droite, j’ai été il y a quinze ans dans une alliance du centre et de la droite. Et au bout d’un long travail de réflexion politique, j’ai conclu qu’il fallait que le centre soit autonome pour proposer un autre chemin au pays.

Recueilli par Frédéric Filloux et Arnaud Sagnard

20 Minutes



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